La santé des écosystèmes, c'est aussi notre santé | Cercle scientifique | Fondation David Suzuki
Photo: La santé des écosystèmes, c'est aussi notre santé

Par Michel Leboeuf et Dr François Reeves

et Dr François Reeves

Michel Leboeuf est biologiste et rédacteur en chef de Nature sauvage, alors que Dr François Reeves est cardiologue d'intervention au CHUM et à la Cité de la santé de Laval et professeur agrégé de médecine à l'Université de Montréal. Tous deux sont membres du Cercle scientifique David Suzuki. Ils nous offrent ici leurs perspectives sur l'état des écosystèmes terrestres concernant l'état de la santé humaine.

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Q1 — Il est désormais admis que l'homme est devenu une force de la nature, que nous sommes à l'ère de l'Anthropocène. À quel point nos écosystèmes terrestres sont-ils affectés par les activités humaines, particulièrement au Québec?

Michel Leboeuf : Les impacts, sur notre territoire, se font surtout sentir en zone tempérée, soit dans la vallée du Saint-Laurent, là où la densité de la population est forte et l'étalement des activités humaines, considérable. Le premier problème lié à l'homme en est un de disparition et de fragmentation des milieux naturels : à mesure qu'on empiète sur les zones humides et les forêts (à des fins résidentielles, agricoles ou industrielles), on isole et on déstabilise, écologiquement parlant, les parcelles de nature restantes. Par la suite, intervint un deuxième problème : la dégradation de ces milieux, déjà fragilisés parce que morcelés, par la pollution ou la contamination de l'air ou de l'eau. S'y ajoute ensuite un troisième problème : l'introduction des espèces exotiques envahissantes, comme l'agrile du frêne ou le roseau commun asiatique. Enfin surgit le quatrième problème : les changements climatiques, qui bouleversent les relations entre milieux, végétaux et animaux.

Q2 — Voyant l'ampleur de l'impact que nous avons sur notre environnement et nos écosystèmes, comment ceci se traduit-il sur notre propre santé?

François Reeves : Deux aspects : d'une les changements climatiques, qui se traduit par des phénomènes météo exacerbés, telles la canicule d'Europe d'août 2003 qui a causé 70,000 morts excédentaires, et la toxicité directe des combustibles fossiles qui cause 2 millions de décès excédentaires, surtout cardiovasculaires. La raréfaction de la canopée, stabilisatrice pour le climat et purificatrice pour l'eau et l'air, entraine une hausse de mortalité cardiovasculaire. Au Royaume-Uni, on a observé que la différence de mortalité cardiovasculaire entre pauvres et riches double en milieu minéralisé comparativement à un milieu vert. L'apparition de l'agrile du frêne aux É.-U. depuis 2002 a eu un effet spectaculaire démontrant le lien entre dégradations du vert et notre santé: hausse de 6,000 décès de cause pulmonaire et de 15,000 décès de cause cardiovasculaire dans les 15 états américains où les arbres ont été décimés. Partout où la pollution monte et le vert s'atrophie augmentent AVC et infarctus.

Q3 — Devant le constat que nos activités ont un impact parfois dévastateur sur la santé des écosystèmes, et compte tenu que notre santé est intiment liée à la santé des écosystèmes, pourquoi alors est-ce si difficile pour l'être humain de réagir face aux enjeux environnementaux qui nous touchent tous? Et quels seraient les meilleurs moyens afin que les citoyens et citoyennes redécouvrent et mettent en valeur cette relation d'interdépendance avec la nature?

Michel Leboeuf : Nous n'arrivons pas à agir rapidement sur nos comportements parce que l'espèce humaine est incapable de se projeter dans le futur. Au fil de notre histoire évolutive, nous avons passé beaucoup plus de temps (des centaines de milliers d'années) à tenter de survivre au jour le jour, en cherchant de quoi nous abriter et de quoi nous nourrir, en petits groupes familiaux, qu'à penser à l'avenir et à la multitude de personnes qui composent désormais nos sociétés. Il faut, je crois, faire réaliser aux gens que rester en contact avec la nature est aussi essentiel pour leur bien-être personnel que pour la survie de leur propre espèce.

François Reeves : C'est une causalité qui est sur le long terme, difficile à percevoir, et ce n'est que récemment que la science l'a démontré. Lorsque 3000 personnes sont décédées dans l'attentat du 11 septembre, nous avons été frappés par l'immédiateté et la causalité de cet événement, entrainant immédiatement des milliards de dollars en sécurité. Mais il est méconnu que l'environnement provoque chaque année au Canada 20,000 décès excédentaires et 60,000 hospitalisations pour 9,1 milliards de dollars. Deux aphorismes d'Hubert Reeves:

"Nous menons une guerre à la nature ; si nous gagnons, nous sommes perdus.
Et il n'y a pas d'Économie sans Écologie."

26 mars 2013

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